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Des « matériaux hybrides » aux « substituts osseux »

Bruno Bujoli est directeur du Ceisam (CNRS/Université de Nantes), un laboratoire de chimie moléculaire qui reçoit le prix Inpi de l’innovation 2013 pour son implication depuis plus de 20 ans dans le développement de technologies innovantes pour des domaines tels que la santé, l’agro-alimentaire ou l’énergie. La société Graftys, 3ème entreprise créée à partir de l’expertise du laboratoire est dédiée à l’ingénierie tissulaire osseuse. Elle résulte notamment de la rencontre entre Bruno Bujoli et Jean-Michel Bouler, deux spécialistes des matériaux dans des disciplines différentes : le premier pour les aspects de formulation chimique, l’autre, de compatibilité avec le vivant. A la base, votre recherche consiste-t-elle à produire des applications pour le médical ?

Bruno Bujoli : Non, j’ai passé les quinze premières années de ma carrière à mener des recherches fondamentales dans le domaine des matériaux hybrides organique-inorganique qui n’ont pas donné d’application particulière et qui n’étaient pas réalisées dans ce but. C’est sur ce socle de connaissances, que nous avons pu envisager ensuite des applications, en prenant des risques et en rencontrant des partenaires biologistes et chirurgiens qui nous ont ouvert de nouveaux horizons !

Comment s’est passée votre rencontre avec votre collaborateur Jean-Michel Bouler ? Et comment êtes-vous arrivés, ensemble, à l’expertise que vous avez aujourd’hui ?

B.B. : Cette rencontre s’est faite totalement par hasard. A notre première rencontre, comme on ne parlait pas le même langage, étant de disciplines différentes… nous avons même douté de l’intérêt de travailler ensemble. C’est en faisant ensuite chacun l’effort de se mettre à la portée de l’autre que l’embryon de ce qu’allait devenir notre projet est né. Ensuite, à partir de nos réseaux complémentaires, nous avons « aggloméré », sur une dizaine d’années, des équipes de domaines scientifiques différents autour de nos thématiques car elles amenaient des expertises nouvelles et nécessaires à la réalisation de nos projets (chimistes, physico-chimistes, biologistes, physiciens, chirurgiens, industriels…). Ainsi s’est construit autour d’une PME innovante un réseau de laboratoires académiques de très haut niveau avec des équipements de pointe, d’un niveau équivalent à certains grands groupes industriels.

Selon vous, en quoi la recherche fondamentale est-elle nécessaire pour « créer de l’innovation » ?

B.B. : Toutes les innovations que nous avons faites et qui ont trouvé une application ou sont en voie de le faire reposent sur des résultats de recherche qui n’ont pu être obtenus que parce qu’on était forts dans notre discipline de base, et que l’on avait un socle de connaissances fondamentales nous permettant de lever un certain nombre de verrous scientifiques liés à nos différents projets.

Comment arrive-t-on à l’innovation ? Est-ce un objectif ? Une vocation?

B.B. : Beaucoup de curiosité et d’ouverture vers les autres disciplines, un zeste de chance et énormément de persévérance pour aller jusqu’au bout d’une idée, pour vérifier si elle a réellement du potentiel « valorisable ». L’innovation a besoin aussi d’un environnement favorable d’hommes et de femmes qui jouent ensemble une stratégie gagnant-gagnant de co-construction où chacun valorise ses savoir-faire. On va rarement seul au bout d’une innovation de rupture car on ne peut pas dominer tous les paramètres. Etait-ce un objectif au départ ? Non. Etait-ce une vocation ? Non plus, mais nous étions sensibilisés à cela et nous avons saisi l’opportunité sans ensuite la lâcher.

Est-ce que ce succès a changé la manière que vous avez de mener votre recherche ou de diriger votre laboratoire ?

B.B. : Radicalement. Notre vision et notre démarche scientifique ont été profondément marquées. Les expériences de transfert industriel nous permettent d’être plus réalistes sur le potentiel de nos nouveaux résultats de recherche et voir ceux qui pourraient raisonnablement être applicables, et les autres, qui néanmoins ont leur intérêt car ils consolident notre expertise fondamentale.

Contacts

Bruno Bujoli, Ceisam, Nantes
Courriel : bruno.bujoli@univ-nantes.fr

Contacts institut

Christophe Cartier dit Moulin, Jonathan Rangapanaiken

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