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Une découverte archéologique apporte un nouvel éclairage sur les conflits armés du Néolithique moyen

Une partie des peuples européens du Néolithique moyen avaient pour habitude de déposer leurs morts dans des fosses de plan circulaire. Une structure de ce type découverte en 2012 par une équipe d’archéologues français sur la commune de Bergheim, dans le Haut-Rhin, atteste pour la première fois un lien entre guerre et dépôts des corps en fosse circulaire durant cette période de la préhistoire. Creusée il y a près de 6000 ans, la fosse en question renfermait huit corps humains ainsi que sept portions de membres supérieurs gauches amputés au niveau du bras. Cette découverte inédite vient de faire l’objet d’un article détaillé dans la revue Antiquity.

En Europe occidentale et centrale, de la vallée du Rhône jusqu’à la Slovaquie, de très nombreuses fosses de plan circulaire renfermant un ou plusieurs corps ont été mises au jour par les archéologues au cours des dernières décennies. Elles appartiennent à la période qui va de 4500 avant J.-C. à 3500 avant J.-C., qui correspond, en France, au Néolithique moyen. Une découverte réalisée en 2012 sur la commune alsacienne de Bergheim par une équipe réunissant des chercheurs de la société ANTEA-Archéologie et des unités de recherche Archéologie et Histoire Ancienne: Méditerranée - Europe (ARCHIMEDE - CNRS/ Université de Strasbourg/ Université de haute-Alsace /Inrap) et De la Préhistoire à l'Actuel : Culture, Environnement et Anthropologie (PACEA -CNRS / Université de Bordeaux), atteste pour la première fois un lien entre violence et dépôts humains en fosse au Néolithique moyen.

Parmi la soixantaine de fosses circulaires datant de cette période découvertes sur le site de Bergheim, l’une d’elle renfermait un contenu encore jamais observé. Au fond de celle-ci se trouvaient sept portions de membres supérieurs gauches amputés au niveau du bras. Juste au-dessus de ces membres amputés, les archéologues ont par ailleurs mis au jour huit corps empilés de façon anarchique comme s’ils avaient été jetés dans la fosse sans autre ménagement. Six des membres amputés appartiennent à des sujets adultes ou de taille adulte, le septième étant celui d’un adolescent de douze à seize ans. Les corps sont ceux de deux hommes et deux femmes adultes et de quatre enfants. Le bras gauche de l’un des deux hommes a également été amputé. « Outre les traces de coups tranchants liées aux amputations, les sept membres supérieurs qui ont été découverts portent des marques de découpe. L’individu amputé présente quant à lui plusieurs traces de coups violents au niveau de la tête qui correspondent vraisemblablement à sa mise à mort », précise Bruno Boulestin anthropologue au sein de l’unité PACEA et co-auteur de l’étude.

Bien que de nombreuses zones d’ombre entourent encore les circonstances de la mort de ces êtres humains, plusieurs indices suggèrent une forme de violence guerrière entre groupes rivaux. Les décès simultanés de nombreux individus, les traces probables de mise à mort sur l’un d’eux et les amputations traumatiques accréditent fortement cette hypothèse. La présence de membres amputés pourrait pour sa part correspondre à autant de trophées pris à l’ennemi. « Le fait d’avoir retrouvé des enfants dans la fosse ne va pas dans le sens de pratiques violentes au sein d’un même groupe car tuer les jeunes de sa propre communauté c’est mettre en péril l’avenir de celle-ci », assure Bruno Boulestin. Pour confirmer un tel scénario et cerner ce phénomène dans sa globalité, les archéologues vont devoir mettre la main sur d’autres fosses de ce type à proximité de la zone de fouille mais aussi dans d’autres régions d’Europe occidentale et centrale. Un travail de fourmi auxquels s'attellent déjà les chercheurs.

(a) Vue générale de la fosse. (b) Plan des corps complets ou presque complets© Fanny Chenal, Bertrand Perrin, Hélène Barrand-Emam et Bruno Boulestin / Antiquity Publications Ltd, 2015

(a) Vue générale de la fosse. (b) Plan des corps complets ou presque complets
© Fanny Chenal, Bertrand Perrin, Hélène Barrand-Emam et Bruno Boulestin / Antiquity Publications Ltd, 2015

Marques de découpe sur un humérus dans la fosse© Fanny Chenal, Bertrand Perrin, Hélène Barrand-Emam et Bruno Boulestin / Antiquity Publications Ltd, 2015

Marques de découpe sur un humérus dans la fosse
© Fanny Chenal, Bertrand Perrin, Hélène Barrand-Emam et Bruno Boulestin / Antiquity Publications Ltd, 2015

Références

A farewell to arms: a deposit of human limbs and bodies at Bergheim, France, c. 4000 BC, par Fanny Chenal, Bertrand Perrin, Hélène Barrand-Emam et Bruno Boulestin, publié dans Antiquity le 7 décembre 2015.
DOI:10.15184/aqy.2015.180

Contact chercheur

Bruno Boulestin, De la Préhistoire à l'Actuel : Culture, Environnement et Anthropologie (PACEA) - CNRS / Université de Bordeaux)

Email : b.boulestin@free.fr

Contact communication

Isabelle Esqurial, De la Préhistoire à l'Actuel : Culture, Environnement et Anthropologie (PACEA) - CNRS / Université de Bordeaux)

Email : i.esqurial@pacea.u-bordeaux1.fr