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Une avancée dans la compréhension des mécanismes inflammatoires des maladies de peau

La peau assure, par le stratum corneum ou couche cornée de l'épiderme, une fonction vitale de barrière pour l'organisme. Le dysfonctionnement de cette protection conduit à diverses pathologies. L’équipe de Mei Li à l’Institut de génétique et de biologie moléculaire et cellulaire, en collaboration avec l’Institut clinique de la souris et des chercheurs de l’Université de Toulouse III, met en évidence la régulation mutuelle de deux réponses immunitaires dans ces pathologies et démontre que l’inhibition de l’interleukine 1β réduit les réponses immunitaires intervenant dans l’inflammation de la peau. Ces résultats sont publiés dans la revue The Journal of Allergy and Clinical Immunology.

La peau est un organe constitué de deux parties : le derme, couche profonde, et l’épiderme, orienté vers l’extérieur de l’organisme. Ce dernier sert de défense contre les agents pathogènes (bactéries, virus, parasites) et les allergènes. Diverses anomalies dans la couche superficielle de l'épiderme aboutissent à des dysfonctionnements de cette barrière épidermique. De tels dysfonctionnements jouent un rôle critique dans l’initiation ou l’aggravation de la réaction inflammatoire de la peau, comme dans le cas de la dermatite atopique1 et des pathologies congénitales similaires (peeling skin syndrome de type B, syndrome de Netherto, etc.). Ces maladies présentent des inflammations eczématoïdes de la peau, souvent associées à des colonisations bactériennes.
Les études antérieures de la réponse inflammatoire résultant de défauts de la barrière cutanée étaient contradictoires, tant chez les humains que chez les souris. L’équipe de Mei LI décrypte les axes inflammatoires et les réseaux de molécules de signalisation cellulaire, telles que les cytokines2, afin de comprendre la genèse de l’inflammation cutanée.
Les chercheurs ont altéré la barrière épidermique dans un modèle de souris grâce à une mutation inductible de la cornéodesmosine3, affaiblissant l’adhérence des cellules de la couche cornée, appelées les cornéocytes. Cette mutation a été identifiée chez des patients atteints du « peeling skin syndrome de type B ». Ce modèle a permis aux chercheurs d’analyser la dynamique de l’inflammation cutanée dans le cas de rupture de la barrière épidermique afin de mieux comprendre les réseaux de cytokines sous-tendant le processus inflammatoire. Les chercheurs ont observé dans un premier temps que, lors d'une rupture de la barrière épidermique, la peau développe des réponses inflammatoires de type 2 et 17, respectivement entrainées par la synthèse des cytokines TSLP et l’interleukine (IL)-23. Ils ont aussi montré que l'induction de ces cytokines dépend de signaux différents et que les réponses de type 2 et de type 17 se contre-régulent mutuellement. Finalement, l’interleukine-1β (IL-1β) est fortement impliquée dans la régulation de la production de TSLP et d’IL-23.
Au-delà du modèle spécifique étudié, les chercheurs pensent que la contre-régulation complexe observée entre TSLP/Type 2 et IL-23/Type 17 s’applique aux réponses inflammatoires observées pour la dermatite atopique et les pathologies congénitales similaires. La pertinence clinique de cette étude est également très importante. En effet, les auteurs montrent que l’Anakinra, un composé biologique inhibant la signalisation de l’IL-1β, déjà utilisé pour traiter la polyarthrite rhumatoïde, supprime la production de TSLP et d’IL-23 et permet une diminution de l’inflammation cutanée. Ceci suggère donc que cibler l’IL-1 serait plus avantageux que de cibler respectivement les axes de la TSLP ou de l’IL-23, comme le faisaient des traitements encore en voie de développement. Ces travaux offrent donc la possibilité d’un traitement à fort potentiel pour diverses pathologies inflammatoires de la peau dues à une rupture de la barrière épidermique.

  1. Dermatite atopique (ou eczéma atopique) : pathologie allergique touchant la peau et atteignant préférentiellement les enfants.
  2. Cytokine : molécule soluble impliquée dans la transmission de signaux entre les cellules.
  3. Cornéodesmosine : une protéine spécifique des cornéodesmosomes, structures jonctionnelles de la couche cornée de l'épiderme.

Figure : Représentation schématique sous forme de Yin-Yang montrant que la genèse de l’inflammation suite à la rupture de la barrière formée par la couche cornée de l’épiderme est façonnée par la contre-régulation mutuelle des deux axes immunitaires TSLP/Type 2 et IL-23/Type 17, ceux-ci étant tous les deux sous le contrôle de l’IL-1β.

© Mei Li

Références :

Contacts :

  • Mei LI
    Institut de Génétique et de Biologie Moléculaire et Cellulaire
    CNRS UMR 7104, Inserm U964, Université de Strasbourg
    Parc d'Innovation
    1 Rue Laurent Fries
    BP 10142
    67404 Illkirch Cedex

    Tel: 03 88 65 32 00