Les preprints sont une forme recevable de communication scientifique

Depuis plus de deux décennies, les communautés de physiciens, de mathématiciens et d’informaticiens pratiquent, de manière complémentaire à la publication d’articles scientifiques selon les modalités classiques, la diffusion de manuscrits avant leur évaluation par les pairs (preprints, en anglais). Un serveur comme arXiv.org a grandement contribué à ce phénomène qui accélère et fiabilise le processus de diffusion de la connaissance, au bénéfice tant des communautés de recherche que de la société.

L’usage de preprints reste en revanche marginal dans la communauté des sciences de la vie, malgré l’introduction et la progression récentes de l’usage de serveurs comme BiorXiv.org ou PeerJ Preprints. Début 2016, le colloque ASAPBio1 (Accelerating Science and Publication in Biology) a souligné la nécessité de valoriser les preprints dans l’ensemble du système de production de connaissances : citation, évaluation, recrutement, promotion, etc.

Les alliances AllEnvi et AvieSan, soucieuses de ne pas décourager un mouvement potentiellement bénéfique pour les progrès scientifiques, déclarent reconnaître le preprint comme une forme recevable de communication scientifique, particulièrement pour les résultats de la recherche fondamentale. Leur production peut donc être prise en compte, selon des modalités propres, dans les processus de recrutement, d’évaluation et de promotion des chercheurs ainsi que dans la gestion des collectifs ou l’évaluation des projets.

Pour être recevable le preprint doit être placé, ainsi que ses versions successives et ses annexes le cas échéant (liens vers les données, les commentaires des pairs en cas de revue ouverte, etc.), sur un serveur communautaire ou institutionnel reconnu pour assurer notamment les services suivants :

  1. Attribution d’un identifiant numérique unique type DOI (digital object identifier) ;
  2. Accessibilité libre (moyennant un accès à Internet) ;
  3. Usage d’un format accessible à la fouille de texte et de données ;
  4. Plus généralement, respect des principes FAIR (Findable / Accessible / Interoperable / Reusable) d’accès aux données et connaissances scientifiques.

En outre, les alliances et leurs membres soulignent que :

  1. Les preprints et les publications constituent deux formes de production scientifique; ils devraient donc être distingués dans les dossiers scientifiques ;
  2. Le statut de chaque preprint au regard des processus de validation par les pairs doit être clair pour chacun et notamment pour les lecteurs les moins avertis des pratiques du monde académique ;
  3. La date de diffusion du preprint vaut date d’antériorité de la découverte qu’il relate; pour cela elle doit pouvoir être certifiée,
  4. La publication des recherches cliniques et environnementales en preprints ne peut être envisagée qu’avec la prudence requise en fonction de leur impact potentiel.

Les alliances et leurs membres invitent les instances d’évaluation et de financement de la recherche (agences, comités, etc.) à adopter une politique similaire dans le cadre de leurs missions respectives, et de reconnaître les preprints comme des produits de la contribution des individus et des collectifs au progrès scientifique. Cette reconnaissance se généralise au niveau international. Quelques exemples de politiques d’établissements et de financeurs sont disponibles sur le site web du collectif ASAPBio.

Les alliances rejoignent la communauté ASAPBio pour participer activement à la définition des conditions d’usage des preprints et notamment à l’élaboration du cahier des charges de l’écosystème des serveurs de preprints et de sa gouvernance, des droits d’accès aux preprints, etc.
Les alliances et leurs membres invitent les auteurs à s’assurer que leurs travaux auront la possibilité d’être expertisés par des pairs, et publiés dans un journal consécutivement à la pré-publication. De leur côté, les revues scientifiques doivent s’engager à considérer comme recevables les manuscrits préalablement diffusés sous forme de preprints.

1 http://dx.doi.org/10.1126/science.aaf9133

Références :