Un musée virtuel pour non-voyants

"Il existe au Louvre, à Paris, des visites guidées durant lesquelles le conférencier décrit certaines œuvres du musée en s'appuyant sur une représentation tactile en 2 ou 3 dimensions ", explique Nadine Vigouroux, de l'IRIT[1], à Toulouse, un laboratoire très au fait des aides techniques aux personnes handicapées[2]. Mais ces séances, destinées à un public de non-voyants, n'ont lieu que deux fois par mois… Pourquoi ne pas leur offrir des visites virtuelles pour qu'ils admirent les œuvres des musées quand bon leur semble ? "Dans cet esprit, Philippe Cros, conservateur du musée de la fondation Bemberg (Toulouse) a décidé de rendre son site Internet accessible aux non-voyants. Et il nous a demandé de l'aide", reprend la chercheuse de l'IRIT.

Toute la difficulté consiste bien sûr à leur donner accès aux photos des tableaux affichés sur le site. Le texte, quant à lui, pouvant toujours être lu par un dispositif de synthèse vocal branché sur l'ordinateur. Ou bien encore traduit en braille sur les fameuses plages tactiles[3] que les non-voyants internautes branchent généralement à leur machine. "Sur les recommandations d'Antonio Serpa et de Bernard Oriola, ingénieurs à l'IRIT, le site a donc d'abord été enrichi de fiches relatives aux tableaux qui apparaissent à l'écran", raconte Nadine Vigouroux. Des fiches décrivant la pièce où se trouve l'œuvre ainsi que son histoire, mais aussi le nombre de personnages ou d'objets peints, s'ils figurent au premier plan, au second, etc. , de profil ou de face, et ainsi de suite.

Il reste bien sûr à vérifier que l'amateur d'art non-voyant parvienne à se faire une représentation mentale de la scène ainsi décrite. "Pour tester cela, nous leur donnerons une version tactile, évidemment simplifiée, du tableau", explique la chercheuse. Une feuille sur laquelle apparaissent en relief, car légèrement gonflés, les lignes et contours principaux du dessin. Les utilisateurs-testeurs devront confronter ce qu'ils auront perçu du tableau à ces représentations en relief à parcourir des mains. Résultat ? "Les pré-tests que nous avons réalisés sur la plate-forme expérimentale semblent montrer que les fiches ne semblent pas suffire… ", conclut Nadine Vigouroux qui réfléchit déjà à une autre méthode basée sur la multimodalité.

A présent, précise Nadine Vigouroux, nous réfléchissons à une solution mettant en oeuvre les nouvelles technologies de l'information et de la communication telles que les périphériques à retour d'effort, les afficheurs Braille à 2 dimensions ou encore les plages tactiles programmables. Par exemple, un Phantom, une sorte de bras articulé, pilotant un curseur sur la toile, et qui, en rencontrant une ligne ou un contour, montre une résistance, une opposition, sur le joystick. "Cela permet à l'utilisateur de " sentir " la forme et de décrire les contours manuellement ", commente Nadine Vigouroux. "Bien sûr, nous ajouterons un système à synthèse vocale qui annoncera à quoi correspondent les formes balayées ". Par exemple, un " rond " ainsi découvert sera associé à sa signification dans la toile : " le Soleil ". "Si les prochains tests s'avèrent concluants, les non-voyants pourraient à l'avenir " admirer les tableaux des mains ", virtuellement, sur Internet ", espère la chercheuse." Il s'agit d'une première étape, prévient-elle. Cela devrait ensuite déboucher sur la création d'ateliers spécialisés dans la découverte des arts plastiques pour les déficients visuels au sein même du musée." Peut-être un pas de plus vers l'accessibilité des arts pour les non-voyants.



[1] Institut de recherche en informatique de Toulouse (Université Toulouse 3 - INP Toulouse - Université Toulouse 1 – CNRS)

[2] Les chercheurs de l'IRIT s'intéressent notamment à la communication palliative. Par exemple ils ont mis au point un système d'aide à l'écriture (VITIPI) et un clavier phonétique d'aide à la communication orale (CLAPOTI).

[3] Tablettes, hérissées de minuscules picots amovibles, se levant et s'abaissant afin d'afficher des caractères Braille. Elles traduisent donc au fur et à mesure tout ce qui s'affiche à l'écran d'ordinateur où elles sont branchées.


Notes :

Contacts :

Contact chercheur
Nadine Vigouroux, Antonio Serpa & Bernard Oriola
IRIT (Institut de recherche en informatique de Toulouse Université Toulouse 3 – INP Toulouse – Université Toulouse 1 – CNRS)
Tél. : 05 61 55 63 14
Mél : vigourou@irit.fr